Fleurs et arbre
Planté dans le fond de cette salle vitrée fermée, je vois une trentaine de petites pousses,
telles un geyser puissant ou une concentrée source, de bulbes d'où giclent de magnifiques
roses, de fantastiques tulipes, de flamboyants iris, de fabuleux coquelicots, de fins muguets,
des violettes fragiles, dont le potentiel énergétique n'est pourtant plus à démontrer, déjà
éclairée lors de leur sortie de terre - leur sortie de cours - , leur montée vers le ciel,
transperçant le glacial vent qu'elles affrontent nuit et jour durant ; pourvu qu'on ne les
tasse pas, pourvu que le bon Seigneur ne les empêche de grimper les échelons, pourvu que
le maître du lieu ne les empêche pas de s'épanouir, pourvu que ce roi, haut et respectable
grand hêtre, ne leur fasse pas d'ombre et qu'il leur offre de la lumière et non l'enfer,
même si je sais que celui-ci, vénérable, imposant - en un mot grand - je sens qu'il n'est
point en train de partager son énergie, qu'il préfère nous médire, nous sévir, de là, haut
où il est, il n'est point disposé à partager son eau de vie, l'eau de sa vie, lot de savoir ;
le grand hêtre nous fait petits, il nous fait épuisés - l'eau qu'on eut fut pompée - , il
nous fait ignorants, il se dit enseignant ; si vous, lecteurs, le voyez, faites-moi une fleur,
dites-lui qu'il n'est point ce que l'Ecologie, la Nature recherchent en lui !
Charles Bol d'Air