Le moineau et le crotal
Maître Moineau, sur un pêcher perché,
Avait un joli jardin pour paysage.
Maître Crotal voulant lui faire faire un péché,
Tint à peu près ce langage :
"Bonjour, Monsieur du Moineau.
Que vous êtes haut ! Et que vous êtes beau !
Vous chanteriez excellemment le vocero.
Juxtaposez-vous, joutez-vous, jutez-vous
Dans ce monde bien bas je vous avoue ;
Pour vitupérer les zoophytes,
Pour déverser ici là votre ypérite,
Pour usurper le monde des triviaux,
Pour triturer quelques viles néophytes ;
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois..."
A ces mots le moineau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voie,
Il ouvre large ses petites ailes
Et s'en va haut dans le ciel.
Il n'a rien saisit, se dit : "Ce bon Monsieur,
Qu'il apprenne que tout parleur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Si je ne comprends rien, le trouve ennuyeux
Et m'énerve pour l'heure,
C'est que lui ne vaut rien sans doute."
Mission ratée le serpent à sonnette s'en allait
Conscient qu'une belle proie il perdait ;
Mais inconscient que c'était
Par son incompréhensible abus de langage
Auquel le petit moineau ne comprit pas une phrase.
Charles Bol d'Air