Les deux cigales

Deux cigales, que rien n'opposait,
Eurent chanté
Tout l'été,
Dans maints casinos, maintes boîtes :
Elles en eurent à gauche, à droite.
Vint l'hiver : elles se reposaient.
Installées de chaque côté de la rue,
En printemps, toutes deux se mirent
A arrêter de dormir,
Et chauffèrent leurs cordes vocales,
Quand, un jour, vint une terrible déconvenue :
L'habile
Fouine vile
En voulait pour son journal.
Mais alors que les deux cigales avaient une même voix magnifique
L'une se vit attribuée dix-neuf
Sur vingt, tandis que l'autre eut neuf !
Cette dernière alla voir la journaliste :
"Je me permets de venir critiquer votre liste."
La fouine prise par surprise expliqua sa notation alambique :
"Voilà, votre présence sur scène est manquante,
Vos intonations ne sont pas perçantes...
J'avoue, j'ai fait des notes sans soin
Vous marquez en effet un point,
Mais mon journal se vend,
C'est le plus important.
Et pour ma réputation et mon argent
Je ne puis vous attribué un truc plus grand..."
La pauvre cigale reçut l'anti-pub en pleine face.
L'été venu,
Elle n'eut plus d'audience pour une fois,
Fut virée, donc fut sans emploi.
Non reconnue,
Elle vit grandir la gloire de la cigale d'en face !

Charles Bol d'Air